Débrouya : un miroir social tendu à la Guyane contemporaine
- Erick Mormin
- Mar 25
- 3 min read
Présent hier soir à la projection du film Débrouya, organisée par France Télévisions au foyer Jacques-Chancel, j’ai été profondément touché par cette œuvre puissante, profondément ancrée dans la réalité sociale guyanaise. Ce film réalisé par Thaïzen Ringuet et Hector Pindard raconte une histoire locale aux résonances universelles, mêlant dignité, survie et injustice.
Une histoire poignante

Tyler, jeune Guyanais d'origine haïtienne, vit avec ses deux sœurs et sa mère malade dans des conditions de grande précarité. Un soir, après avoir assisté à une arrestation brutale dans son quartier, il récupère un sac abandonné contenant de l’argent. Cette découverte le confronte à un dilemme moral intense : utiliser l’argent pour soigner sa mère, ou respecter la loi dans un environnement qui ne lui offre aucune perspective.
Le scénario, sobre et réaliste, nous fait entrer dans la vie d’un jeune homme contraint de se débrouiller seul dans un monde où les structures de soutien semblent absentes. L’histoire, bien que fictive, fait écho aux réalités vécues chaque jour en Guyane.
Une fiction profondément ancrée dans le réel
La force de Débrouya réside dans sa capacité à mettre en scène des situations vécues par une partie importante de la population guyanaise. Le film nous rappelle que la Guyane est l’un des territoires français les plus touchés par la pauvreté, avec plus de la moitié de sa population vivant sous le seuil de pauvreté. Les infrastructures y sont insuffisantes, les soins difficiles d’accès, et les inégalités frappantes.
Le poids de l’économie informelle
À travers le personnage de Tyler, Débrouya explore les conséquences de l’absence d’opportunités pour la jeunesse. L’économie souterraine, les petits trafics ou les réseaux informels deviennent souvent les seuls moyens de survie dans un territoire où le chômage des jeunes reste très élevé. Le film évoque ces réalités sans caricature, et sans complaisance.
Une jeunesse confrontée à l’exclusion
Tyler n’est pas seulement pauvre : il est aussi issu d’une communauté souvent stigmatisée. D’origine haïtienne, il symbolise cette jeunesse multiculturelle qui compose le tissu social guyanais, mais qui se heurte à des barrières invisibles. Discrimination, isolement, précarité administrative : le film rappelle que l’égalité républicaine reste trop souvent un principe théorique dans les territoires d’Outre-mer.
La débrouille comme mode de survie
Le titre du film – Débrouya – n’est pas anodin. Il fait référence à l’expression créole « débrouya pa péché », qui résume un mode de vie, une philosophie de survie dans un monde où peu de choses sont garanties. Le film rend hommage à cette capacité d’adaptation, à cette solidarité du quotidien, tout en en montrant les limites. Car la débrouille ne saurait remplacer une politique publique digne de ce nom.
Un appel à voir, à comprendre, à agir
Débrouya est bien plus qu’un film : c’est une prise de parole. Il interpelle. Il met des visages sur des réalités souvent ignorées ou réduites à quelques statistiques. Il donne une voix à une jeunesse invisible, à des familles qui n’ont d’autre choix que la débrouille, et pose avec force la question de l’égalité réelle.
C’est un film que je recommande, non seulement pour sa valeur artistique et humaine, mais aussi pour ce qu’il dit de la France d’aujourd’hui – et de celle que nous voulons construire demain.
🧑🎬 Réalisation :
Thaïzen Ringuet & Hector Pindard
✍️ Scénario :
Thaïzen Ringuet & Hector Pindard
🎭 Avec :
Adams M’Backé
Emmanuella Laloi
Rosita Pierre-Louis
Patrice Joseph
Philippine Château
💬 Tagline (devise du film) :
« C’est au pied du mur que l’on découvre ce dont on est capable. »
🏝️ Production :
Tawara Production
Coproduit avec Guyane La 1ère, Undercover Brothers Entertainment, Le Complexe Eldorado, Filmdis
🤝 Avec le soutien de :
CNC
Collectivité Territoriale de Guyane
Pôle Outre-mer de France Télévisions
Le film sera diffusé sur les antennes du Réseau Outre-mer 1ère.
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